Retombé à la 94e place mondiale, Nicolas Mahut a tiré avec empressement un trait sur une saison 2008 difficile. Perturbé par ses changements d'entraîneur, le Français espère retrouver la confiance qui l'habitait en 2007. Mais pour l'heure, il doit soigner une blessure à l'épaule qui l'oblige à patienter avant de reprendre la raquette.
Nicolas, comment se passe la préparation pour la saison à venir ?
J'ai d'abord pris de bonnes vacances pour récupérer de la saison précédente. J'avais bien débuté en faisant beaucoup de physique et des matches par équipes pour rester un peu en contact avec la compétition. Malheureusement, il y a une dizaine de jours, je me suis fait une petite déchirure à l'épaule, de 8 millimètres au départ avant que cela ne se résorbe à 4 millimètres. Ça m'a un peu bloqué au niveau de ma préparation. Je n'ai pas pu jouer du tout depuis deux jours. J'ai fait des examens et je ne peux malheureusement pas disputer le Masters France à Toulouse, qui devait débuter jeudi. C'était une compétition que j'avais vraiment envie de jouer et qui part d'une belle initiative de la part de Jean-Louis Haillet et des différents directeurs de tournois français. C'était le moment de se rassembler et de préparer la saison 2009, mais aussi de faire la fête tous ensemble. Les gens avaient répondu présent et avaient l'intention de se déplacer assez nombreux. Je suis donc déçu de ne pas profiter de ce moment-là. Je dois rencontrer un spécialiste mercredi pour établir la période d'arrêt et je ne sais pas encore quand je vais pouvoir reprendre le tennis.
Comment vous êtes-vous blessé exactement ?
Ça m'est arrivé en faisant des exercices de musculation que je n'avais pas l'habitude de faire. Et puis, l'entraînement, le froid, la fatigue des journées précédentes, tout ça cumulé, mon épaule a un peu lâché. Je n'ai pas spécialement senti quelque chose sur un coup particulier. Je n'ai rien vu venir.
Depuis le mois de novembre, vous avez changé de structure. Vous n'êtes plus entraîné par Olivier Soulès, mais par Lionel Zimbler. Que vous apporte votre nouveau coach et sur quoi axez-vous votre travail à l'entraînement ?Lionel, je le connaissais depuis un petit moment, l'été dernier notamment. Mais dès qu'on a commencé ensemble, je me suis blessé à l'épaule. Sur le terrain, on n'a donc pas pu travailler comme on l'espérait. En tous les cas, on va axer le travail sur mes points forts, en me mettant en confiance sur mon jeu d'attaque, et puis bosser l'approche de mon jeu, l'aspect mental de la chose. Aujourd'hui, j'arrive à un âge (bientôt 27 ans en janvier) et à un moment de ma carrière où tennistiquement, je ne vais pas révolutionner mon jeu. Mais je vais encore essayer de progresser, j'ai une marge de progression de 10 % dans mon jeu, de 20 % physiquement, et j'ai une grosse partie à travailler sur le mental. Avec Lionel, on a commencé à beaucoup discuter et à évoquer ce que l'on voulait faire.
"J'ai mal vécu mes différents changements d'entraineur"
Avec le recul, quel regard portez-vous sur cette saison 2008 particulièrement difficile, où vous n'avez jamais pu dépasser le cap des quarts de finale ?C'était une année compliquée, pendant laquelle j'ai mal vécu mes différents changements d'entraineur. C'était pourtant bien parti car j'ai atteint en début d'année mon meilleur classement, avec une 40e place et des bons résultats. Malheureusement, j'ai changé d'entraîneur avec l'arrivée de Richard Gasquet pendant Roland-Garros (Guillaume Peyre qui l'entraînait a été mis à disposition du Biterrois, Ndlr). Ça m'a perturbé plus que cela aurait dû. J'ai perdu du temps, ensuite j'ai commencé à perdre des matches, puis la confiance. C'était l'engrenage, un cercle vicieux. Le temps de me remettre, j'ai retravaillé avec Olivier Soulès pour de nouveau devoir rechanger en fin d'année. J'ai mal géré tous ces changements qui me sont tombés dessus. Avec le recul, je pense que ça va m'apporter beaucoup dans le sens où j'avais trop tendance à me reposer sur mes entraîneurs et à chercher les solutions à l'extérieur. Je vais essayer de me recentrer sur moi-même, en étant persuadé que les solutions, je les ai en moi. Aujourd'hui, j'en ai pris conscience.
Qu'est-ce qui n'a pas fonctionné en particulier dans les tournois du Grand Chelem où vous n'avez remporté qu'un seul match cette saison, à l'Open d'Australie face à Jose Acasuso ?
Il y a eu une part de malchance au tirage au sort. A l'Open d'Australie, je bats Acasuso qui avait à peu près le même classement que moi, environ 50e mondial, et derrière je perds contre Davydenko. A Roland-Garros, je m'incline devant Hewitt. A Wimbledon, je suis arrivé avec beaucoup d'ambition, j'ai fait un super match contre Tursunov, mais j'ai perdu 7-5 au cinquième avec des occasions. Cette défaite m'a fait très mal, mais au moins j'avais fait un bon match. Ensuite, durant l'été, j'ai dû gérer ce changement d'entraîneur. Dans la tête, je n'étais pas bien et j'ai fait un mauvais match contre un qualifié à l'US Open (Robert Kendrick, Ndlr). Sur les tournois du Grand Chelem, pour bien réussir quand on n'est pas tête de série, il faut une petite part de chance au tirage. Et je n'ai pas réussi à faire tourner la réussite de mon côté.
"Wimbledon ? Mon objectif de l'année"
En 2007, vous aviez atteint à deux reprises la finale d'un tournoi ATP au Queen's et à Newport. Qu'est-ce que vous faisiez à l'époque, que vous n'êtes pas arrivé à reproduire cette année ?Cette année, je n'étais pas suffisamment constant. J'ai réussi de bonnes performances l'an dernier sur gazon avec une grosse confiance et de la détermination. Cette année, je suis arrivé un peu fragilisé par les multiples changements dont j'ai parlé. Sur ma surface favorite, j'ai perdu au Queen's contre Nalbandian (en huitièmes, Ndlr) et à Wimbledon contre Tursunov comme j'ai dit. Ce sont des matches que j'avais gagnés en 2007, mais en 2008 les joueurs ont mieux joué que moi. Sur l'ensemble de la saison, j'étais trop souvent perturbé par des problèmes extérieurs. Et puis, c'est toujours plus facile d'avoir des résultats quand vous passez plusieurs tours et que vous êtes dans une spirale positive, que l'inverse. A moi de changer la tendance pour 2009.
Alors justement, que peut-on vous souhaiter pour 2009 ?
Essayer de ne pas reproduire les mêmes erreurs et de faire une belle saison, mais surtout accrocher quelque chose de bien à Wimbledon qui est mon objectif de l'année. Aujourd'hui, je suis 94e mondial. J'ai la volonté de revenir dans les 50 premiers, avant de viser des objectifs plus hauts.
Le tennis français, qui a connu une année exceptionnelle avec l'avènement au plus haut niveau de Gilles Simon et de Jo-Wilfried Tsonga, est à même de vous motiver et de vous inspirer. Que vous inspire leur parcours ?C'est vraiment la meilleure chose qui pouvait arriver au tennis français. L'an dernier, Richard Gasquet s'était qualifié pour le Masters, cette année il y a eu l'avènement de « Jo » en Australie et les performances de Gilles. C'est extrêmement positif pour le tennis tricolore. Ces deux joueurs vont nous tirer vers le haut. C'est une excellente émulation. Un peu à l'image de la natation française en ce moment, où on voit des records du monde battus par les uns et par les autres Il faut s'inspirer de ça. Moi je tire un grand coup de chapeau à « Jo » et Gilles pour leur saison. J'espère qu'on se recroisera très souvent en 2009.